Espace mythique ou réel, Al Andalus demeure un temps aussi suspendu que l’une des sept merveilles ; Il est un temps du miracle de la convergence des intelligences rejoignant et magnifiant celle des cœurs et des esprits…Ce souffle divin et léger à la fois qu’on reçoit de la splendeur des émouvants vestiges andalousiens scintille bien au delà des seules rives de la méditerranée. Il étale son originelle universalité comme un défi aux diverses exiguïtés qui se nourrissent des démembrements et des ruptures pour donner naissance à l’inquisition, l’intolérance et la négation de soi ; hier en créant l’insignifiante opposition occident- orient et en attisant aujourd’hui le prétendu choc des civilisations ! |
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L’exil andalousien est un immense espace ouvert et multidimensionnel sans cesse parcouru par cet art millénaire de l’extase musicale : « attarab al andalusi ». Cette aire a été l’harmonieux catalyseur de traditions qui ne s’étaient jamais rencontrées jusqu’alors : persane, byzantine, occidentale, chinoise, indienne et arabe.
Cet état de grâce unique dans l’histoire humaine n’a pu être sans son consubstantiel alter ego : le partage. Cette valorisation d’autrui et de soi et les échanges fructueux ont permis l’heureuse rencontre de nombreuses influences musicales médiévales pour donner naissance à cette monumentale architecture : la nawba dont le génie a su conjuguer à merveille art populaire et musique savante. Cette conception de l’alternance de pièces musicales aura à son tour des répercussions sur les formes musicales. Elle engendrera le fasil turc, la wasla moyen-oriental et jusqu’à l’idée de suite baroque ! C’est ce mouvement oscillatoire et de perpétuel enrichissement que nous retenons.
Aussi, nous ne pouvons accepter le mythe réducteur et selon lequel cet art musical nous serait parvenu d’Andalousie médiévale .Cette idée rejoint allègrement et dangereusement celle réduisant le Maghreb à un no man’s land culturel, simple réceptacle recevant son art le plus accompli de l’occident et sa religion de l’orient ! Cette conception d’un autre âge est démentie par les incessants et privilégiés échanges entre les deux rives de la méditerranée et notamment lors des empires africano-berbères almoravides et almohades.
Les penseurs musulmans d’Al Andalus ont connu un age d’or pré moderne et ce pan de l’histoire injustement occulté au XIXème siècle refait surface comme pour signifier la fin de cette méditerranée latine unilatérale et néo-coloniale et l’heureux avènement des retrouvailles d’un héritage transculturel commun pouvant donner un sens à l’avenir.
Ce festival se veut fidèle à cette lignée et propose un véritable parcours initiatique reflétant la genèse de notre noble art ancestral ainsi que ses différents prolongements. Il se veut aussi une dynamique scène de la fraternité internationale et du généreux partage, un lieu où chacun s’enrichit de la culture et de l’expérience de l’autre, où chacun prend conscience du fabuleux trésor qu’il doit à l’autre et du privilège que chacun a de se reconnaître dans l’autre. Un lieu où le langage universel prend sens et envol.
Rachid Guerbas
Commissaire Général |