En Algérie , la présence du ‘ud dans l’instrumentarium andalousien est relativement récente et sa timide apparition daterait de la fin des années 1940 alors que jusque là les grands noms de la musique savante ( Sfinja, Mouzino, Ben Teffahi, Ahmed Essabti…) s’illustraient par leur pratique de la kwitra ou du rabab.
Incontestablement, la kwitra s’apparente par sa facture et surtout par la spécificité de son jeu au ‘ud maghrébin, qu’il s’agisse du ‘ud arbi ou du ‘ud raml .
L'accord particulier de ces différents instruments en secondes embrassées ( ré-mi , sol-la ) conditionnent aussi bien le jeu de le main droite que celui de la main gauche .
La kwitra est accordée ainsi
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1ère corde 2ème corde 3ème corde 4ème corde
Cet accord qui réduit le jeu de la main gauche à un emploi quasi exclusif de l'index et de l’annulaire permet paradoxalement une grande aisance dans l’utilisation de toutes les techniques d'ornementations indissociables du style "andalou maghrébin" : mordants , appoggiatures , trilles ,coulés, tirés …
Le grand écart entre les chœurs assure au jeu de la main droite qui combine l'exécution du chant à la chanterelle ( 3ème corde ) et le perpétuel retour au bourdon sur la 1ère corde une précision quasi métronomique du tempo choisi . Cette fonction rythmique est essentielle dans la formation instrumentale traditionnelle dans la mesure où l’intervention du rebab conducteur exploite les contretemps du bourdon de la kwitra, créant une grande complicité entre ces deux meneurs.
Les musiciens attachés à la spécificité si délicate de la nawba ont toujours accordé une place privilégiée à la kwitra jusqu'à imposer au 'ud sharqi un accord le rapprochant de …la kwitra.
Actuellement, avec la démultiplication des associations musicales et l'abaissement généralisé du niveau des praticiens , la kwitra est tristement reléguée à un rôle de figuration, perdue qu’elle est dans un environnement sonore agressivement hostile même si, triste réconfort, elle est confiée aux mains des belles débutantes qui la torturent de leurs handicapants et inopportuns ongles aussi longs que décoratifs.
Fort heureusement , le très regretté Si’Mohammed Bahar , l'inégalable maître de la kwitra dont j'ai tenté d'être le digne disciple durant les longues années de travail et de filiale complicité , a laissé de précieux enregistrements et un enseignement marqué par la générosité tout au long des 15 années où il assuma les masters classes des Rencontres d'El Qantara à Bourges donnant naissance à deux extraordinaires joueurs de kwitra : Philippe Lourenço et Faten Sioud qui portent bien haut l'étendard du vénéré maître . Que chaque note "vraie" lui soit un hommage ! |