Merveilleuses semaines culturelles des wilayat qui jalonnent « Alger capitale de la culture arabe 2007». Elles nous ont permis de (re)découvrir cette magnifique diversité des expressions artistiques régionales…
Toutes ces richesses laissent rêveur et attendent patiemment le génie qui a su par le passé faire fi de toutes les barrières et donner corps et âme à la majestueuse nawba. Qui a su faire tonner la symphonie, magnifier le quatuor et jusqu’à l’extrême plainte faire murmurer le trio.
Magie et mystère du souffle du sud, générosité du geste et ampleur racée des Hauts Plateaux, bouillonnement du centre...
|
 |
Et de toutes ces palettes que notre Algérie sait offrir, il saura féconder ce continent musical comme il saura surprendre et émerveiller nos récalcitrantes oreilles et faire jaillir à nouveau une musique nouvelle et ancienne à la fois, un air qui se jouera malicieusement de nos surannés étiquetages.
Chapeau bas à Madame la Ministre de nous avoir permis de renouer avec cette diversité qui fait notre identité racée et bien encrée dans l’universalité. Merci d’avoir institutionnaliser tous ces festivals qui vont pérenniser l’activité culturelle au-delà des ponctuations officielles trop souvent sujettes aux variations de tous les ordres.
Ces festivals permettent aux associations musicales qui portent à bras le corps cet héritage millénaire de se produire, de se rencontrer, d’échanger.
Ces festivals nous ont révélé des talents insoupçonnés et des premiers prix…inattendus ! La Rachidiyya de Mascara raflant le premier prix tant à Constantine et qu’à Alger : Sa place à Festivalgérie est un droit ! Ces lauréats méritent tous les encouragements et toutes les aides possibles. Seuls ces lauréats doivent représenter notre pays à l’étranger et participer ainsi à la nécessaire et saine émulation. Râlez ô virtuoses de la palabre et laissez passer les vrais artistes qui ne viennent de nulle part… et remettez-vous de vos désuets lauriers. « Rien n’est acquis à l’homme… »
Merci d’avoir créer les trois Ensembles Régionaux garants de la richesse stylistique des trois pôles de « résistance andalousienne » (Tlemcen, Alger et Constantine). Il fallait du courage, de la persévérance et de l’anticipation pour penser à la création de l’Ensemble Algérien National de Musique Andalousienne (ENAMA) et lui assigner la mission de transversalité qui met en évidence cette source commune qui nous permet de voyager au-delà des petites et grandes frontières ! C’est ainsi, qu’après une première résidence artistique algéro-marocaine qui a débouché sur le concert de clôture du XIX Congrès de le musique arabe à Alger et une présence très remarquée au festival de Volubilis à Meknès, nous élargissons avec bonheur cette expérience à nos frères tunisiens et vous donnons rendez-vous le 13 décembre pour rendre dignement hommage à deux grandes personnalités musicales maghrébines : Cheikh Ahmed Piro et Cheikh Zerrouk Mokdad.
Afin d’échapper à l’obsédante réflexion sur les fructueux enchevêtrements et les inextricables entrelacs des musiques anciennes du bassin méditerranéen, je retournais au beau roman de Djamel Souidi et retrouvais avec plaisir et intérêt l’univers historique de l’attachant Amastan Sanhaji…
Au moment où tout un chacun fait de la désormais anachronique sauvegarde du patrimoine « andalou » un bien juteux fonds de commerce, je me demandais pourquoi on a réussi à mystifier à ce point le public en lui présentant comme pure tradition des surcharges stylistiques et des inflexions langoureuses contraires à notre esprit et à la pensée maghrébine qui a le génie d’allier harmonieusement l’émouvante austérité avec le goût pour la clarté légère et l’art de l’éthérée suggestion. Le sucre noya le gâteau !
Tâchons de renouer avec ces précieuses qualités trop longtemps bradées aux outrances les plus variées et aux surcharges les plus tortueuses. Sans complaisance avec aucune des formes de complexe.
Sagement et en échos à cette pensée, du haut de l’an mil, Amastan nous interpelle : « la guerre que nous faisons n’est pas la nôtre. Nous agissons pour le compte des autres, vous pour un Calife qui trône à Cordoue et qui veut que vous regardiez vers le nord, et nous pour celui du Caire qui veut que nous regardions vers l’orient ; en somme pour deux hommes qui n’ont aucune considération pour les habitants de notre terre ».
Sans complaisance avec nous-mêmes dont les ancêtres ont su donner à l’histoire musicale de l’humanité une des formes musicales les plus élaborées et des plus abouties : la nawba. Haut vestige vivant du patrimoine universel.
Ces précieuses qualités dont je parlais portent en elles les profonds marqueurs d’universelle modernité. Les lettrines maghrébines sont restées trop longtemps confinées à l’injure du temps et l’extrême raffinement de leurs lignes rejoint l’extrême sensibilité au signe de Yacine Kacimi El Hassani pour leur donner leurs lettres de noblesse de constante universalité et les offrir en guise de partage. Au-delà de l’espace et du temps .
Rachid Guerbas
Commissaire Général
|