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José Vasquez à Festivalgerie : « La viole de gambe fut inventée par les Arabes »
José Vasquez, violoniste, gambiste et directeur de la fondation Orpheon, un organisme qui œuvre pour la sauvegarde du « patrimoine sonore » avec une très riche collection d’instruments anciens mise à la disposition des musiciens. Il nous communique avec une érudition vertigineuse sa passion pour la viole de gambe et les instruments anciens. Il nous présente aussi le Baryton : un instrument rare dont il jouera au festival 2009 en compagnie du Baryton trio. |
On connaît aujourd'hui votre passion pour la viole de gambe. Qu'est-ce qui vous a attiré au départ vers cet instrument? Dans la bibliothèque de l'école où j'étudiais aux États unis il y avait un livre qui traitait de l'histoire du violon. J'ai découvert la viole de gambe à travers ce livre. Il y était écrit que la viole de gambe est l'ancêtre du violon (ce qui n'est pas vrai d'ailleurs) et cela a réveillé mon intérêt pour cet instrument. Il y avait aussi dans la bibliothèque de l'école un disque de viole de gambe. J'ai été tout de suite émerveillé par la beauté du son de cet instrument et j'ai décidé d'en acheter un pour commencer à apprendre à en jouer. J'étudiais déjà le violon (dont je joue toujours) et ma découverte de la viole de gambe fut assez tardive, vers seize ou dix-sept ans. Cet instrument imite la voix humaine mieux que tous les autres instruments, c'est le jugement des écrits du XVIème, XVIIème et XVIII siècles. Le violon, lui, est le meilleur imitateur de la viole de gambe. Cet aspect parlant de l'instrument m'a beaucoup plu. Cette ressemblance avec la voix humaine fait de la viole de gambe le meilleur instrument de musique.
Qu'en est-il du répertoire de cet instrument? La viole de gambe a un répertoire très riche. La première viole de gambe a été fabriquée en Espagne par des arabes. Très peu de gens savent cela. Dans la ville de Vallence et ses environs, il y avait des musiciens arabes reconnus comme les meilleurs instrumentistes de la péninsule ibérique. Ces musiciens voyageaient dans toute l'Espagne pour jouer dans les fêtes. Les premiers joueurs de viole de gambe étaient donc des arabes de la région de Vallence. C'est seulement après que la viole de gambe fut jouée en Italie puis s'est propagée dans toute l'Europe durant le XVIème siècle. Il était l'instrument préféré de toute l'aristocratie européenne, presque tous les rois, prince et princesses jouaient de la viole de gambe.
Quand vous interprétez de la musique ancienne, est-il important pour vous de jouer sur des instruments d'époque? Il y a un mystère qu'on n'a toujours pas réussi à éclaircir: les instruments anciens sonnent mieux que la plupart des instruments fabriqués aujourd'hui. Il s'agit d'un fait qui était déjà reconnu au XVIIIème siècle. Un traité de 1776 recommandait déjà d'acheter des instruments ayant quatre-vingt à cent ans d'âge pour avoir un meilleur son ; et l'auteur avait ajouté que personne ne savait la raison de ce phénomène. Peut-être que le bois sèche, devient plus léger, peut-être que le vernis change avec le temps... Ce qu'on constate en tous cas est que les instruments anciens sonnent mieux que ceux d'aujourd'hui. C'est la même chose pour les violons: les meilleurs sont les Stradivaruis fabriqués au XVIIIème siècle... Nous avons dans notre collection des violes de gambe datant de 1560! C'est presque la période de Sulaiman le Magnifique. J'ai chez-moi six instruments de cette époque, ils possèdent une sonorité très particulière. C'est incroyable de pouvoir en jouer tous les jours. Nous avons aussi des instruments du XVIIème et du XVIIIème siècle, chacun pour jouer la musique qui correspond à son époque. La musique espagnole et italienne du XVIème siècle est jouée dans mon ensemble avec des instruments italiens de cette époque, la musique anglaise n'est jouée que sur des instruments anglais, même chose pour la musique allemande, française... Nous choisissons nos instruments selon le répertoire que nous jouons. C'est un privilège unique au monde. Il y a beaucoup de collections d'instruments anciens mais ils sont rarement "jouables" et conservés dans leurs conditions originales Baroque, Renaissance ou Classique.
A propos de votre collection d'instruments anciens vous parlez d'un projet de Musée vivant, en quoi consiste-t-il? Ce sera une maison, une espèce de musée, où l'on pourra jouer des instruments. Il faut éviter à tout prix de maintenir les instruments dans les vitrines. Le luthier dépense toute son énergie et toutes ses connaissances pour fabriquer un objet certes très beau mais dont le but véritable est d'être joué, de produire un beau son. Il ne s'agit pas de simples caisses de bois récupérées des résidences aristocratiques de jadis. La sonorité est le patrimoine que représente ma collection.
Vous êtes venu une première fois à Alger pour le festival 2007, quel souvenir en gardez-vous? Un très bon souvenir. Il y a eu malheureusement une très triste histoire avec une bombe qui avait explosé deux jours avant notre concert tuant 70 innocents. Les gens ont pris peur et le jour de notre concert la salle était à moitié vide. D'un autre côté, c'était une très bonne expérience pour nous. On a eu l'occasion d'écouter les meilleurs musiciens des pays méditerranéens. J'avais particulièrement apprécié le luthiste irakien Naseer Shamma qui avait extrêmement bien joué.
Et vous nous revenez cette année avec le Baryton trio... Le baryton (dont je joue au sein de cet ensemble) est une sorte particulière de la viole de gambe. C'est une viole de gambe avec des cordes métalliques, situées derrière le manche, qui vibrent par sympathie et que l'on peut pincer avec le pouce en même que l'on joue les cordes supérieures avec l'archet. C'est une combinaison de clavecin et de viole de gambe. C'est assez difficile d'en jouer. Joseph Haydn a écrit de très belles pièces pour cet instrument parce que son prince en jouait. Il était d'un côté obligé d'écrire pour le baryton mais Haydn aimait aussi beaucoup cet instrument, il avait même appris à en jouer. D'ailleurs le programme que nous présenteront au festival sera constitué presque exclusivement d'œuvres de Haydn. Des pièces pour alto, baryton et violoncelle. Une musique délicieuse!
Entretien réalisé par Bouchakour Walid |
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